Les 5 défis de la blockchain en 2019
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Les grands principes de la blockchain ont été fondés en 2008 par Satochi Nakamoto, pseudonyme d’un fondateur mystérieux. Dix ans plus tard, cette technologie serait en passe de bouleverser l’économie numérique.

La blockchain est une base de données sécurisée, distribuée « de pair à pair ». Elle offre trois garanties importantes, comme l’expliquent les experts de Blockchain France. D’une part, la traçabilité et la sécurité des données. Ensuite, l’établissement de smart contract, des programmes autonomes. Enfin, la possibilité de transférer des actifs comme les cryptomonnaies. Les potentiels de la blockchain sont importants, à l’instar des risques et des menaces pesant sur son développement. Quels sont les grands enjeux de la blockchain pour 2019 ? Voici une présentation des 5 défis de la blockchain en 2019.

1.    Engager la confiance

Un climat délétère, fait de méfiance et de fascination, entoure l’utilisation de la blockchain dans le domaine des cryptomonnaies. Avec l’effervescence suscitée par les projets blockchain financés en ICO (Initial Coin Offering), une bulle financière a grandi. Les ICOs représentent 20 milliards de dollars en 2018. Les risques de fraude (20% des levées de fonds) sont élevés. Plusieurs pays, comme la Chine, interdisent les ICOs. La défiance à l’égard des cryptomonnaies est donc forte. Jean-Claude Trichet, président de la Banque centrale européenne jusqu’en 2011, tient le Bitcoin, qui a acquis le statut de sixième monnaie la plus puissante, pour « un instrument spéculatif ». 1 500 cryptomonnaies sont en circulation actuellement, pour une valeur-monstre de 300 milliards d’euros.

Dans ces conditions, un défi majeur pour la blockchain en 2019 est d’instaurer un climat de confiance : auprès des particuliers, des entreprises, des gouvernements. La France veut jouer sur ce tableau, en se positionnant comme régulatrice référente pour les cryptomonnaies à travers la loi Pacte.

2.    Gagner en scalabilité pour changer d’échelle

Le fonctionnement de la blockchain est encore contraint par la lenteur du traitement des transactions. C’est un problème auquel il s’agit d’apporter une solution, si les acteurs de la blockchain souhaitent changer d’échelle, ce qui est techniquement impossible pour l’heure. À titre de comparaison, VISA peut effectuer 45 000 transactions par seconde, quand le réseau Ethereum est limité à 15.

Cette inertie est inhérente au fonctionnement de la blockchain. Quand une transaction a eu lieu, un nouveau « bloc » doit être ajouté la chaîne. Pour le valider, une opération de « minage » des nœuds du réseau est effectuée. Elle consiste dans la résolution d’algorithmes – il faut compter en moyenne, 10 minutes pour bitcoin, 15 secondes pour Ethereum. Développeurs et chercheurs ont tout intérêt, s’ils veulent généraliser l’utilisation de la technologie blockchain, à s’atteler à la tache de rendre plus efficients ses protocoles ou de construire des protocoles alternatifs.

3.    Améliorer l’expérience utilisateur

Les services basés sur la blockchain souffrent beaucoup de leur opacité et de leur complexité. Peu accessibles, peu utilisables, peu plébiscités. « Blockchain has a terrible user experience », déclare le CEO de Coti, système de paiement en cryptomonnaies appuyé sur un protocole de « Trustchain » qui vise à détrôner les autres systèmes de paiement (Mastercard, Paypal, Visa…) en améliorant l’expérience utilisateur et en supprimant les intermédiaires. Il n’est guère aisé de créer, pour un non-initié, un portefeuille de cryptomonnaies et de naviguer sur les plateformes d’échange décentralisées existantes. En outre, comme le dit le CEO de Coti, lorsqu’un problème se produit lors d’une transaction, il n’existe pas de « service après-vente » ou de « médiateur » vers lequel l’utilisateur puisse se tourner.

Un défi important des services basés sur la blockchain est d’améliorer l’expérience utilisateur. D’autres recommandations, celles de France Stratégie, par exemple, vont dans ce sens, à l’échelle du savoir et de la pédagogie – acculturer, former, développer une appropriation du sujet, etc.

4.    S’ouvrir à et incorporer l’IoT, l’IA, la VR

Un des défis de la blockchain en 2019 est l’ouverture à de nouveaux secteurs et à de nouvelles technologies. On peut évoquer l’internet des objets (IoT), l’intelligence artificielle, la réalité virtuelle, la réalité augmentée. De nombreux projets appuyés sur la blockchain, du e-commerce à l’agriculture connectée, en passant par l’industrie du jeu, la médecine, l’immobilier, ont pour objectif d’intégrer ces technologies dans le but de développer un écosystème distribué et sécurisé.

5.    Améliorer la démocratie

Sans doute ce dernier enjeu est-il le plus important. Il fait écho à l’histoire de la blockchain et du bitcoin, comme l’indique Clément Gasull, doctorant à l’école des Mines. En effet, cette technologie et son application monétaire se sont construites sur le thème de la liberté politique. Il s’agissait d’inventer une solution pour échapper au contrôle des États, des banques, des multinationales. Une des vocations premières de la blockchain est donc l’émancipation vis-à-vis de l’autorité centrale, du contrôle, de la taxation. L’objectif est de garantir la protection et l’indépendance des données. Et, plus loin, donner à la population les moyens de sa propre gouvernance, sans intermédiaire.

Pour mener à bien d’aussi ambitieux projets citoyens, des contradictions devront être dépassées. En effet, à raison ou par abus, les gouvernements, les grands groupes, les startups, sont nombreux à faire le pari de la blockchain dont le potentiel « disruptif » offre une occasion de nouvelles formes de contrôle et de profits commerciaux, la dévoyant de son but initial.

 

Pour conclure, on peut dire qu’une distinction nette est apparue entre les cryptomonnaies, controversées et suscitant la défiance, et la technologie blockchain dont elles procèdent. En atteste l’autre nom donné à la blockchain, aujourd’hui appelée Distributed Ledger Technology, pour rompre le lien sémantique avec les cryptomonnaies.

La technologie blockchain, quoiqu’encore embryonnaire, porte beaucoup de potentialités. Confiance, scalabilité, UX, ouverture, démocratie : dans quelle mesure saura-t-elle tenir ses promesses ? Nous vous donnons rendez-vous dans quelques mois, pour dresser un bilan.