Top 5 des ICOs en 2018
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L’ICO (Initial Coin Offering), ou crowdsale, est une innovation de la blockchain. Elle permet de lever des fonds en cryptomonnaies sur internet.

En 2017, 4 milliards de dollars ont été levés. La tendance 2018 est à la hausse, direction les étoiles, avant de redescendre à la fin de l’année. Les sommes levées en ICO par les startups – 20 milliards de dollars en 2018 – sont désormais supérieures à celles investies par les VC (Venture Capitalist). Comment expliquer cette incandescence ? Doit-elle susciter plutôt la méfiance ou l’enthousiasme ? Quelles sont, en 2018, les ICOs les plus remarquables ?

Voici une présentation des brèches ouvertes dans l’économie numérique par les ICOs, et un top 5 des levées les plus intéressantes de 2018.

L’ICO, nouvel eldorado pour l’économie numérique ?

La multiplication des ICOs cause une certaine agitation dans les sociétés de l’économie numérique. Et pour cause, cette innovation récente – la première levée de fonds en ICO date de 2013 – promet une redistribution de la donne économique. Elle dessine les contours d’un web sécurisé et décentralisé plus collaboratif. Ces perspectives ont généré un fort effet d’innovation, avec la création de nombreux projets opportunistes dénués de valeur (pour ces projets marketing et sans avenir, on parle de junk).

Une innovation entre IPO et crowfunding

Précisément, le recours à une ICO contraste avec le capital-risque traditionnel en tant qu’il modifie la nature de l’investissement et la logique de la valeur. Si vous connaissez d’une part l’IPO (Initial Public Offering), permettant d’introduire une société en bourse à travers la cotation de ses actions, d’autre part le crowfunding donnant au public la possibilité de financer un projet en échange de l’utilisation d’un futur service ou produit, l’ICO se situe au croisement des deux modèles.

Tokenisation et levées foudroyantes

Une ICO permet donc d’obtenir un financement en cryptomonnaie en échange de tokens (jetons). Ces tokens ne correspondent pas (en règle générale) à des actions, mais à un droit d’accès ou d’usage sur les futurs services. Les levées – après présentation du white paper et de la roadmap des projets – s’effectuent en un temps record. 30 secondes ont suffi au co-fondateur de Mozilla pour lever 35 millions de dollars pour financer Brave, un projet de navigateur web respectueux des données.

Ouverture des ICOs au-delà des acteurs spécialisés

Au-delà de la bulle financière ayant incité des acteurs divers et souvent incompétents à associer la blockchain à leur activité, on observe un changement de nature des projets financés en ICOs, longtemps circonscrits au domaine de la blockchain. Ils agrègent aujourd’hui d’autres technologies et secteurs – l’intelligence artificielle, l’IoT et la réalité virtuelle notamment. En outre, la levée en ICO est possible pour tout type d’entité. Preuve de l’ouverture en France, l’attention de l’AMF (Autorité des marchés financiers) et du gouvernement aux ICOs.

Détracteurs et défenseurs

Comme toute innovation au potentiel de game-changer, l’ICO a ses détracteurs et partisans.

Une bulle financière fragile

Les contempteurs concentrent leurs critiques sur la bulle économique, soulignant combien le cours des cryptomonnaies est volatil (la valeur du bitcoin s’est rétractée de 20 000 dollars fin 2017 à 4 000 dollars fin 2018). Citant l’exemple de TheDAO, projet torpillé après une levée de 150 millions de dollars à cause d’une faille informatique, ils insistent sur la menace de piratage. Enfin, les critiques font état de l’incertitude quant à la faisabilité des projets financés en ICO, exposant les investisseurs à des revers en raison du manque de régulation. D’après une étude récente, 71% des projets en ICOs sont encore à l’état d’idée un an après la levée de fonds.

La promesse d’une économie numérique collaborative

Pour ses partisans, l’ICO est un mode de financement plus démocratique que le capital-risque. L’opération en outre est libératoire pour les porteurs de projet, qui échappent à la voracité des GAFA en accédant à une indépendance financière early stage. L’ICO améliorerait également les logiques de croissance et d’échange, les futurs utilisateurs constituant un réseau dès les prémisses et non à un stade avancé de développement. Et bien sûr, sécurité et infalsifiabilité des données sont au cœur des protocoles de la blockchain.

Le temps dira si les projets financés en ICO portent la révolution annoncée par les partisans du web décentralisé. Pour l’heure, des milliards de dollars ont été levés. Le sujet cristallise l’attention des médias, des cercles de décideurs et d’un nombre important de citoyens, bien au-delà du cercle formé par les seuls spécialistes et les acteurs de la blockchain.

Top 5 des ICO en 2018

Défenseur, pourfendeur, agnostique ? Si vous avez choisi votre camp, passons à la revue des ICOs les plus marquantes de 2018. Parmi les plus de 1 000 réalisées, nous en avons retenus 5. Les critères qui nous ont intéressés : la portée de l’innovation, la composante démocratique, le montant de la levée de fonds et le nombre de tokens émis.

1.    DAOstack, sandbox pour les organisations collaboratives

Les créateurs de DAOstack souhaitent grâce à la blockchain construire un terrain pour que les logiques collaboratives à grande échelle puissent se développer avec un partage de la valeur entre les acteurs. DAOstack fonctionne comme une boîte à outils, un « WordPress for DAOs (Decentralized Autonomous Organizations) ». La société veut mettre à la disposition du plus grand nombre des moyens de gouvernance avec des outils agiles, collaboratifs, de prise de décision. DAOstack et a levé 30 millions de dollars.

2.    COTI, système de paiement pour détrôner Visa, Paypal et consorts

Les fondateurs de COTI sont convaincus que les cryptomonnaies vont remplacer les monnaies sonnantes et trébuchantes ainsi que l’argent virtuel contrôlé par les institutions financières. COTI a développé son propre protocole de blockchain, la « Trustchain ». Le système s’adresse à tout type d’entité et aux particuliers : il promet flexibilité, confiance, égalité, efficience (en bannissant les frais et l’interdit bancaire, par exemple). COTI a actuellement une valeur de 15 millions de dollars.

3.    Telegram Open Network, cryptomonnaie à usage grand public

Pavel Durov, ancien CEO d’un réseau social similaire à Facebook en Russie, dirige Telegram, une application de messagerie. Défenseur de la vie privée et de la liberté d’entreprise, il a lancé en 2018 TON, Telegram Open Network en levant 1,7 milliards de dollars. L’ambition est de mettre en circulation une nouvelle cryptomonnaie concurrençant la bitcoin, dédiée au paiement en ligne.

4.    Elysian, plateforme e-commerce avec IA & VR

Elysian propose une plateforme pour développer le commerce électronique. L’objectif est d’améliorer la sécurité des données et de faciliter les transactions. Elysian entend transformer complètement l’UX (expérience utilisateur) en valorisant les potentiels de l’intelligence artificielle et de la réalité virtuelle. Elysian prévoit de lever jusqu’à 19 millions de dollars.

5.    Pavo, Agtech alliant blockchain et IoT

L’objectif de la plateforme Pavo est d’apporter des solutions aux agriculteurs partout dans le monde pour la gestion agronomique, la maîtrise des coûts et la croissance de l’activité. Depuis n’importe quel endroit du globe, grâce à une plateforme SaaS et à de l’IoT, il sera possible de gérer la chaîne de valeur et l’écosystème de son exploitation.

3 autres ICOs nous semblent remarquables en 2018. EOS est devenu la 5ème cryptomonnaie au monde après une levée de 4 milliards de dollars. Petro est, dans l’histoire de la blockchain, la toute première cryptomonnaie émise par un gouvernement, le Venezuela : elle a attiré 735 millions d’investisseurs. Dragon Coin, dans le secteur du divertissement, a levé 320 millions de dollars.

 

Prêt à investir en cryptomonnaie ou à faire votre première levée de fonds en ICO ?  Si vous n’en êtes pas encore à ce stade, pas d’inquiétude. Mais gardez le regard porté sur le ciel de la blockchain. On y devine, malgré l’incertitude et l’obscurité, les signes d’une révolution économique, numérique et citoyenne.